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Décrochage scolaire et inégalités territoriales

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Dans le cadre du programme de recherche franco-québecois intitulé "Décrochage scolaire et inégalités territoriales : politiques publiques, réalités de terrain et pratiques éducatives pour agir sur la persévérance scolaire" (2015-2016), une visite d'établissements scolaires a eu lieu à Montréal en mai 2016. Une délégation d'enseignants-chercheurs et d'ingénieurs d'études de l’université de Caen a visité le Cégep de Maisonneuve6 , la plateforme Allô prof, la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, le collège Saint-Louis de Lachine et l’école secondaire Dalbé-Viau.

Cette visite s'inscrit dans le cadre d'une coopération entre une équipe québécoise de la Chaire VISAJ - université du Québec à Chicoutimi et une équipe française de l'université de Caen (UMR ESO CNRS - Céreq), qui ont confronté les enjeux de la dimension territoriale et affiné les outils susceptibles d'être mis à disposition des acteurs, notamment en matière de cartographie des risques sociaux d’échec scolaire et de diplomation.

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Ces visites permettent de poser des hypothèses de réponses aux 3 questions suivantes :

- Quelles logiques président au fonctionnement de ces établissements scolaires ?

- Quel degré d’autonomie est concédé aux chefs d’établissements ?

- Quels liens avec leur contexte socio-géographique ?

L’organisation et les dispositifs de réussite du collège de Maisonneuve (Cégep)

Lors de la présentation de l’organisation du Cégep et des dispositifs de réussite du collège de Maisonneuve (le public étudiant a 17-19 ans), nos interlocuteurs affirment que l’important est l’obtention d’un diplôme, peu importe lequel ou le choix initial de l’étudiant. Il s'agit donc d'un fonctionnement souple pour un soutien général.

Chaque année scolaire est divisée en deux sessions ; une formation sur deux années est organisée sur quatre sessions. Les programmes sont élaborés localement et ne contiennent pas tous des stages. Ce sont malgré cela des diplômes nationaux de compétences à acquérir. Les étudiants peuvent choisir leur établissement en fonction de la manière dont le Cégep organise l’accès aux compétences. La majorité des étudiants de ce collège viennent de l’île de Montréal et de la banlieue.

Tous les étudiants vont faire connaître leur 1er choix d'orientation au SRA (Service régional d’admission). Il s'agit du premier tour. Ceux qui ne seront pas placés participeront à un second tour avec les places restantes. Ils enregistrent alors un second choix d'orientation. Le critère principal est la qualité du dossier scolaire. Il peut y avoir concurrence entre les Cégep, notamment en cas de baisse démographique d'élèves. Le profil social des étudiants qui échouent est difficile à établir7. Les intervenants expliquent qu'« il y a de tout ». La plus forte corrélation unit les notes pré-collégiales et la réussite collégiale. Ils évoquent principalement l'échec selon le choix vocationnel (orientation subie).

Les publics diffèrent selon les filières. Parmi le public de la formation pour adulte, 70 % des étudiants sont issus de l'immigration récente. L'établissement est très multiethnique. Une forte immigration récente est associée parfois à des problèmes d'intégration. Le collège est plutôt localisé dans un quartier défavorisé, mais beaucoup d'étudiants viennent d'autres quartiers plus ou moins favorisés. Le métro constitue un vecteur de mobilité.

Pour les «quasi-diplômés» (ceux à qui il manque un ou deux cours), par le passé, la direction appelait les étudiants pour les relancer vers l'obtention de ces cours manquants en leur proposant de fréquenter les cours du soir qui étaient beaucoup plus nombreux. Cela avait beaucoup de succès.

L’établissement est dirigé par un directeur général et un directeur d'études. Les cours sont d'une durée de 3-4 heures avec des pédagogies très variées. « On invite les enseignants à être originaux ».

Trois Centres collégiaux de transfert de technologie localisés dans le collège

Des Centres collégiaux de transfert de technologie (CCTT) existent depuis 1983. En 2015, 49 CCTT8 fonctionnent au Québec, dont six en innovation sociale. Il y a trois CCTT au sein du collège de Maisonneuve : le CEPROCQ (Centre d'études des procédés chimiques du Québec), l'ITEGA (Institution technologique des emballages et du génie alimentaire) et un troisième sur l'intégration : l'IRIPI (institut de recherche sur l'intégration professionnelle des immigrants, http://iripi.ca/).

Le mode de gouvernance du Cégep repose sur un conseil d'administration, un conseil d'orientation et un comité directeur de recherche englobant les 3 CCTT.

L'IRIPI a été créé pour s'emparer de la problématique de l'immigration. Le taux de chômage au Québec est plus élevé chez les immigrés arrivés il y a moins de cinq ans que chez les non immigrés. Ce CCTT se compose de sept professionnels, dont des chercheurs classés comme conseillers pédagogiques, et des assistants de recherche. Cinq enseignants du collège en criminologie, gestion et sciences politiques en font partie. Ils sont payés en plus par l'IRIPI. Leur profil se caractérise par un parcours très disparate, beaucoup sont passés par le privé. Les étudiants participants sont tous rémunérés pour leur travail. Il s'agit de stages d'initiation avec des tâches de plus en plus diversifiées et des objectifs liés de plus en plus à la recherche.

A titre d’exemple de recherche assurée par un CCTT, on peut citer celle qui s’effectue en lien avec le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada. Ce dernier finance un projet obtenu avec une équipe composée d'un stagiaire Cégep, d’un stagiaire en maîtrise, d’un stagiaire doctorant, d’un post-doc et d’un chercheur. C’est une initiation à la recherche appliquée, une recherche action dont le commanditaire est le service interculturel du collège. La recherche n'est pas partie intégrante de l'emploi du temps des enseignants du collège, c’est une recherche hors CCTT. Elle est disciplinaire et ne correspond pas à de la recherche pédagogique.

 

Voyons maintenant comment fonctionne un organe clé du système scolaire québécois : la commission scolaire, à travers l’exemple de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys.

Selon le site de la fédération des commissions scolaires québécoises, la mission des commissions scolaires1 est la suivante : « Sous la gouverne de commissaires élus au suffrage universel les commissions scolaires sont des gouvernements locaux. Elles doivent organiser l’éducation préscolaire, l’enseignement primaire et secondaire ainsi que la formation professionnelle, tant pour les jeunes que pour les adultes. Elles ont également pour mission de participer au développement social, culturel et économique de leur région ».

« La commission scolaire s’assure que les élèves de son territoire, jeunes et adultes, reçoivent les services éducatifs auxquels ils ont droit. Elle répartit équitablement les ressources entre ses établissements, en tenant compte des besoins exprimés et des inégalités sociales et économiques. Elle organise et offre des services à la communauté. Ces services peuvent être de nature culturelle, sociale, sportive, scientifique ou communautaire. Elle participe à l’élaboration de divers plans stratégiques en région (loisir, culture, emploi, économie, santé et services sociaux, sécurité publique). Elle rend des comptes auprès du ministre de l’Éducation, du Loisir et des Sports du Québec et auprès de la population de son territoire ».

Établie dans l’ouest de l’île de Montréal, la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (C S M B2) regroupe près de 53 000 élèves, dont 43 000 en primaire et en secondaire, répartis dans 95 établissements (70 écoles primaires, 13 écoles secondaires, 2 écoles spécialisées, 6 centres de formation professionnelle et 4 centres d’éducation des adultes).

Cette commission scolaire constitue le deuxième réseau scolaire du Québec par son importance et son ampleur. Il y a 30 à 40 écoles privées installées sur le périmètre de cette commission scolaire.

Il existe une commission des parents, organisée selon les différents échelons de la commission des élus scolaires.

La commission scolaire supervise les directions d'école, qui évaluent leurs enseignants. Les budgets des écoles sont établis par la commission scolaire en fonction de la « clientèle », c'est-à-dire pondérés en fonction des difficultés des élèves.

Plus de 60 % des élèves sont d'origine étrangère. Le rythme de croissance s’élève à 1 000 élèves de plus par an, ce qui oblige à construire une école de plus par an.

Le taux de diplômation au bout de 7 ans atteint 81 %, pour un taux de 77 % au Québec. Il s'agit des meilleurs taux de diplômation parmi les commissions scolaires francophones. « On scolarise aussi les parents, surtout les mères. Le soir ou pendant l'école des enfants avec un système de garderie pour les enfants qui ne sont pas encore à l'école ». Les parents se caractérisent par des situations de diplôme très disparates, beaucoup de familles défavorisées, mais aussi des parents titulaires d’une maîtrise voire d’un doctorat.

Le directeur de la commission scolaire connaît le système éducatif français et s’étonne de certaines différences. Au cours d’un séminaire en France où il était invité à témoigner d'actions innovantes dans sa commission scolaire, il était stupéfait de constater que les enseignants n’étaient quasiment pas représentés : « Il n'y avait que des cravates. J'ai demandé s'il y avait des enseignants dans la salle. Il n'y en avait que 3 sur 800 personnes, il n'y avait que 3 enseignants pour parler d'innovation ».

La commission scolaire gère l'organisation de la rentrée des enseignants et des équipes éducatives, ainsi que du projet d' « école efficace », sous forme d'invitation « à embarquer ». Elle organise cette rentrée sur le modèle de l'agence de voyage et de l'équipage de bord d'un avion, sur plusieurs jours.

Le directeur de la commission scolaire trouve qu’il n'y a pas de « marge de jeu » au niveau des directions d'écoles en France. Au Québec, les directeurs d'école doivent avoir enseigné au moins cinq ans et passent une batterie de tests et des entretiens avant d'être recrutés.

La commission scolaire teste un système de gestion des absences d’enseignants, dont l'objectif est d'organiser le plus rapidement possible leur remplacement. Il s'agit d'une base de gestion utilisée comme une « banque » de placement, qui gère à la fois les cours (quelle classe est impactée ? Quel cours? Avec quel manuel? Quels sont les derniers devoirs scolaires ?) ; l'enseignant remplaçant à contacter (par discipline, un ordre selon les contrats « réguliers » (à temps plein) puis irréguliers (temps partiel), puis les non certifiés, puis les retraités) ; la prise en charge du transport et le déclenchement du paiement du remplaçant.

C'est un gain de temps pour le secrétariat de l'établissement.

Le directeur de la commission scolaire souhaite généraliser ce procédé pour le remplacement des concierges et secrétaires, avec un enregistrement préalable des lieux scolaires où chacun(e) est prêt(e) à aller en cas de besoin. Il résume son action : « on est proche des autres ».

La réunion mensuelle du RETAC (Réseau territorial d'appartenance et de concertation) pilotée par la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys.

Le RETAC regroupe les écoles et les Collèges d'enseignement général et professionnel (Cégep) pour parler des transitions, arrimer les programmes scolaires entre écoles primaires et secondaires.

Il est présidé par le directeur de la commission scolaire.

Le RETAC au collège Saint-Louis de Lachine comprend 7 écoles primaires et deux écoles secondaires3. Nous avons assisté à l’une de ces réunions, à laquelle étaient présents : le directeur de la commission des ressources pédagogiques, 6 directeurs d'écoles primaires (2 hommes, 4 femmes), et 2 directrices de Cégep.

Au programme, quatre points étaient évoqués :

L’organisation d'un événement pour l'anniversaire de la ville de Montréal avec les écoles de Lachine, Lasalle et Verdun, qui concerne environ 300 élèves : mise au point d’une chorégraphie, création de cartes inspirées de l'Unesco sur les thèmes du développement durable et de la culture. L’idée est de revenir aux origines de Montréal avec l'idée de trocs entre Indiens et Français, en choisissant la plume comme emblème rappelant les cultures indiennes, l'écriture, le traité de paix. Les plumes sont fabriquées en bois. L’organisation pense aller jusqu’à rédiger un traité des Berges autour de la trentaine d'écoles concernée.

Cet événement pour l'anniversaire de la ville de Montréal trouve son financement (200 000 $CAN) auprès de la ville-mère Montréal et des commerçants de Lachine (200 000 $CAN).

La réforme scolaire en cours : la maternelle à 4 ans obligatoire pour tous (et non plus seulement pour les classes défavorisées) et l’obligation scolaire repoussée à 18 ans.

Si cela passe (en vote le jour même), il faudra réfléchir à l'accueil d'élèves supplémentaires et à la façon de « garder » 2 ans de plus des élèves qui attendaient leur 16 ans pour arrêter l'école.

Question d'une directrice d'école à l'attention des autres directeurs et directrices concernant l'évaluation des compétences. Ces dernières sont évaluées 3 fois par an, mais il y a énormément de critères. La directrice n'est pas convaincue de tout cela.

Quel est l’avis des autres directeurs et directrices d’écoles ? Un directeur d'école répond qu'il n'évalue pas toutes les compétences tous les trimestres. Le directeur de la commission des ressources pédagogiques explique que la seule obligation tient au fait que les 6 compétences doivent avoir été évaluées à la fin.

Le « lac-à-l'épaule4 » est un moment pour le choix des écoles par les familles. Une directrice s'apprête à dire non à certaines familles car elle manque de place dans son école. Le directeur de la commission scolaire conseille d’envoyer ces élèves vers une autre école du RETAC.

 

1 Pour une présentation chiffrée des commissions scolaires :

http://fcsq.qc.ca/index.php?id=1525

2 Rdv avec Richard Guillemette, directeur adjoint de la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys :

http://www.csmb.qc.ca/

3 http://wp.csmb.qc.ca/college-saint-louis/

4 « En français canadien, un lac-à-l'épaule est une réunion de planification stratégique, en particulier lorsqu'elle se tient dans un endroit retiré. Le terme peut s'appliquer aussi bien à un parti politique qu'à une entreprise ou à toute autre organisation. » (Wikipédia)

 

Quelles actions mène la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys pour lutter contre le décrochage scolaire ?

Les actions qui peuvent s'apparenter à un accompagnement vers la persévérance scolaire ou à la lutte contre le décrochage scolaire sont nombreuses et de différentes natures. À commencer par les classes de 4 ans où les enfants vivant dans des conditions défavorisées (ressources, niveau de diplôme des mères) sont accueillis. Dans cette commission scolaire, c'est le cas des deux tiers des familles. Dans une école, le service de repas est gratuit pour 30 familles (sur un total de 125 familles dans l'école).

Le diagnostic des difficultés scolaires est plutôt assuré par les familles dans les milieux aisés, mais n'est pas porté (faute de moyens) dans les familles moins favorisées. Les élèves plus favorisés sont donc pris en charge en amont de l'école. Au collège, selon le directeur de la commission scolaire, « il y aurait » plus de TED (troubles envahissants du développement) dans la communauté asiatique. Or les diagnostics, notamment pour les troubles du langage, se révèlent importants pour le suivi dans l'école. Ce suivi est assuré par des psychologues, orthopédagogues, tous mis à disposition de l'enseignant par la commission des ressources pédagogiques.

Un exemple de diagnostic à l'école peut être cité avec l’organisation d’une semaine de « camp scolaire » juste avant la rentrée scolaire. Pendant une semaine, les enseignants accueillent les nouveaux élèves et leurs familles à l'école.

En parallèle, des psychologues, orthopédagogues, ou d’autres spécialistes, observent et forment un premier diagnostic pour éventuellement dénombrer les élèves en difficulté, et le cas échéant, le type d'aide qu'il sera possible de mettre en place dès la rentrée. L'idée est d'accompagner l'élève et l'enseignant le plus tôt possible dans l'année.

Le directeur de la commission scolaire explique que pour convaincre les enseignants d'être à l'école une semaine plus tôt, il leur permet de poser une semaine de congé, n'importe quand dans l'année. Les syndicats ne sont pas d'accord, mais « pas de râleries » à noter pour l'instant.

Les actions visant la persévérance scolaire ou la lutte contre le décrochage scolaire tiennent aussi à la mise en place d'un emploi du temps aménagé avec un espace plus confortable pour des élèves enceintes. Cela permet de scolariser le plus longtemps possible durant la grossesse, et il est possible, après l'accouchement, de réaménager l’emploi du temps de la jeune mère avec un système de garderie. La commission scolaire rappelle les pères des enfants à leurs nouvelles responsabilités et pour leur proposer également un accompagnement.

À la demande des filles d'un collège, une équipe de cheerleading (pom-pom girls) a été composée pour accompagner l'équipe masculine de football américain. Cette création a permis de rassembler une vingtaine de collégiennes (donc 2 équipes de cheerleading), de faire venir davantage de public aux matchs des garçons et d'encourager in fine les footballeurs à améliorer leurs résultats.

Pour le maintien en scolarité d’un enfant hospitalisé, la commission scolaire a procédé à l’achat d'un robot piloté à distance par l'élève. Ce robot est équipé d'une caméra et d'un ordinateur. L'élève participe aux cours et à la « récré » via cet ordinateur. S'il a une question, il peut actionner le robot. Le signal émis est alors perçu en classe. Le moral de l'enfant hospitalisé et de ses parents n’en est que meilleur. Les autres élèves en classe doivent éviter les chuchotements pour que le cours reste audible via le robot. La commission scolaire en a donc acheté une dizaine de plus, et souhaite développer l'idée de cours à distance, notamment dans le cadre de la formation professionnelle (exemple de garages automobiles où l'accès à des moteurs spécifiques sous le capot ne pourrait être possible pour une classe entière. Le robot servirait de relais pour la classe).

La commission scolaire soutient une « stratégie » pour faire venir les garçons dans une bibliothèque et à la lecture en organisant des rencontres avec les coachs sportifs dans la bibliothèque ; en procédant à l’achat de revues spécifiques (auto moto, mécanique, sports) pour les inciter à rester lire (fauteuils et canapés pour pouvoir lire confortablement).

Le directeur de la commission scolaire part de deux idées fortes. Les élèves changent et l'école DOIT s'adapter. Le confort dans les salles de classe, l'aménagement d'espaces conviviaux et l'innovation technologique participent du maintien des élèves dans l'établissement et contribuent à bonifier le climat scolaire.

Ainsi, l’école secondaire Dalbé-Viau a effectué un lourd investissement dans les activités périscolaires et dans l'aménagement de salles de cours. Il y a quelques années, un élève sur deux décrochait dans cet établissement. 67 % des élèves y sont issus de l'immigration récente.

L’école a installé dans ses murs une salle de musculation et une salle d'entraînement de soccer (75 000 $CAN), un "fablab" d'impression 3D à la disposition des élèves (65 000 $CAN), une salle de cours avec 6 tableaux blancs interactifs (TBI), pour des cours en petits groupes où chaque groupe d'élèves dispose d'un TBI. L'enseignant pilote ces différents écrans à partir d'un même poste dans la salle. L'idée est que tous les cours puissent être dispensés dans ce type de salle.

Ces équipements ont vocation à attirer les élèves issus de familles plus favorisées pour tendre vers plus de mixité sociale.

Conclusion

L’exemple du discours du directeur de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (quartiers ouest de Montréal paupérisés) permet de pointer les grands principes qui sous-tendent l’action pour la persévérance scolaire ou pour la lutte contre le décrochage scolaire. La pratique et la maîtrise de la langue, française, passent avant celles des mathématiques.

L’autonomie laissée aux directeurs d’écoles et de collèges est telle qu’ils recrutent eux-mêmes les enseignants dont ils ont besoin. Les moyens financiers et matériels mis à disposition de la Commission scolaire, permettent d’organiser des rencontres entre établissements scolaires autour d’événements célébrant l’histoire locale ou visant à faire signer aux élèves un contrat avec l’école. Ce contrat stipule que l’élève ne devra pas se comparer aux autres, qu’il devra faire preuve d’ouverture d’esprit et veiller à ne pas gaspiller les ressources mises à sa disposition.

Le contexte socio-spatial paupérisé (quartiers de résidence d’immigrants), amène la Commission scolaire à proposer aux parents des cours de français et à certaines filles des possibilités de scolarisation pendant et après leur grossesse. Pour maintenir l’élève dans l’établissement on mise sur le confort dans les salles de classe, l'aménagement d'espaces conviviaux et l'innovation technologique.

En matière de pédagogie, au sein d’un même établissement, lorsque des enseignants rencontrent une difficulté majeure, on peut les remplacer et leur dispenser une formation continue ad hoc.

Il semble donc que le fonctionnement des établissements scolaires visités soit très lié au dynamisme de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, à sa réactivité, à son pragmatisme et surtout à son budget.

 

Céline VIVENT et Patrice CARO,

Université de Caen Normandie

CNRS ESO - Céreq